|
Ces vases, ces bouteilles, ces objets, de
petites et de grandes dimensions, qui jouent avec l'opacité
et la transparence du verre, utilisent toutes les séductions
de la couleur jusqu'à son absence, qui se jouent des techniques,
soufflage, doublage, applications, sont le résultat de
trois mois de travail de Jean-Pierre Umbdenstock, un verrier qui
a derrière lui une jeune carrière : il travaille
le verre depuis tout juste deux ans et deux mois.
La première réflexion qui s'impose est d'ordre technique.
Les barrages techniques semblent ne pas exister pour Jean-Pierre.
Il a travaillé pendant cinq ans dans un atelier de vitrail
- 1973-1978. Par hasard. Il s'agissait alors pour lui de rompre
avec le système universitaire et un destin d'homme d'affaires.
De petit boulot en petit boulot - il est successivement maçon,
plâtrier, il entre chez Le Chevallier qui cherche des apprentis.
Il apprend à tailler le verre, à monter les plombs,
à restaurer les vitraux des églises de France qui
arrivent dans l'atelier. L'un de ses amis est Joèl Linard,
le fils du céramiste Jean Linard, qui lui fait découvrir
le soufflage du verre. Jean-Pierre Umbdenstock, qui ne se sent
pas destiné à l'art monumental, suit un stage -
rapide - chez Louis Mériaux à Sars-Poterie en 1978.
Il y rencontre Claude Morin qui l'accepte à Dieulefit où
il passe une semaine. Puis il installe son propre atelier dans
les Alpes de Haute-Provence en juin 1980 avec les conseils de
Morin qui lui apporte tout son soutien technique et lui fait ainsi
gagner du temps.
Jean-Pierre travaille seul les premières années,
des petites pièces qui s'imposent d'emblée par leur
évidence par l'équilibre déjà parfait
entre la forme et le format, les inclusions d'oxydes, les doublages
et le verre transparent. Les couleurs sont raffinées, denses,
parfois claires et transparentes, traversées de filaments
intenses. C'est un art équilibré qui s'inscrit dans
la tradition du verre français du XXe siècle
d'Emile Gallé à Maurice Marmot, et à Claude
Monod. Il participe très vite à des expositions
de groupes puis expose seul. En avril 1982, il fait partie des
artistes français présents à l'exposition
du Musée des Arts Décoratifs.
La deuxième réflexion s'attache à l'esprit
de son travail qui est profondément verrier ". En
avril 1982, il participe au symposium de Sars-Poterie organisé
par Louis Mériaux. Il est fasciné par le travail
à froid dans lequel excellent les verriers tchécoslovaques,
mais plus encore par les démonstrations de Joèl-Philippe
Myers et de Willem Heesen. Les échanges nés de ces
rencontres sont déterminantes pour Jean-Pierre qui découvre
de nouvelles techniques, de nouvelles couleurs, de nouvelles formes,
mieux encore, une nouvelle approche du verre: le verre, langage,
support d'une expression.
Actuellement, Jean-Pierre Umbdenstock est passé à
une autre échelle. Il a besoin de volume. Les grandes pièces
ne peuvent être faites seul : il faut être deux. Jean-Pierre
apprend le travail à deux, avec plusieurs cannes. Il combine
le doublage avec le travail au chalumeau en surface ou recouvert
d'une nouvelle couche de verre. Cette technique menée avec
rigueur lui permet toutes les expressions. Dans sa fièvre
de dire, de raconter avec le verre, Jean-Pierre utilise tous les
moyens sans hésiter à se référer aux
grands verriers rencontrés à Sars-Poterie : Myers
et Heesen. A travers ces emprunts qu'il ne renie pas, il trace
son propre chemin, celui d'un poète, solitaire dans le
grand erg qui entoure sa maison, inquiet, exigeant, passionné. Yvonne BRUNHAMMER |