"ENCRIERS" ET UN SCRIBE - ŒUVRES 2001"


 

Naguère familier de tous les écoliers, contenant modeste et accessoire mais indispensable complément de la plume sergent-major et de la gauloise dans l'acte scriptural (ou du pinceau dans la calligraphie): l'ENCRIER. En voie de disparition depuis l'avènement des pointes bic et autres feutres dans un premier temps, du clavier d'ordinateur plus récemment, des logiciels de reconnaissance vocale bientôt (déjà ?), il méritait le double hommage appuyé du scripteur et verrier qui s'exprime ici.

Parmi tous les objets liés à l'écriture dans son acception la plus artisanale il est, en effet, le plus cher au coeur des verriers qui l'ont hissé au rang de symbole et lui ont donné une forme accomplie et particulièrement émouvante dans sa version "Revanche" à la fin du siècle dernier. Maurice Thorez dans ses Mémoires apocryphes écrivait à leur propos:

"Chef d'oeuvre de la créativité ouvrière, conçu et produit en dehors de l'espace marchand par et pour le peuple laborieux, l'encrier revanche traduit, transcende et sublime le complexe du verrier illettré à l'égard de ceux qui, maîtrisant l'écriture, exercent certes le pouvoir mais resteront à jamais dépourvus des tours de main et de la virtuosité nécessaires à sa réalisation, de l'inventivité et du coeur nécessaires à sa conception."

La découverte des bousillés, dont l'encrier revanche est un fleuron, a coïncidé avec ma première rencontre avec la chose hyaline. Il me plaît de déceler dans cette double rencontre le signe annonciateur de cette intime conviction qu'entre verre et écriture il existe comme d'antiques correspondances.

Ma pratique de verrier consiste à réfléchir ( ! ?) et à écrire littéralement sur et à propos du verre. Verre comme matière, comme métaphore, comme technique (s) et comme gestuelle. Mais aussi verre comme hasard d'une rencontre, comme amour puis comme routine dont il convient de se garder... La série des encriers est une tentative pour briser une certaine routine dans la continuité d'une pratique :
<< Quand ça change, ça change! >>*

* Dialogue de Michel Audiard dit par Bernard Dalban dans "

Les tontons flingueurs"

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