HYALOGRAMMES - 2002 -

Ce que j'appelle hyalogramme est le fruit d'un jeu didactique destiné, à l'origine, à montrer aux enfants comment se comporte le verre en fusion sous l'action de la pesanteur : "Ça fait de drôles de dessins quand on le laisse couler par terre ; on dirait des écritures, mais on ne peut pas les garder parce qu'elles sont trop fragiles et elles cassent, alors on les jette, dommage ! " disent-ils. Il m'importait de garder une trace de ces écritures fragiles et éphémères. Pyromane plus ou moins avoué, comme tout le monde, j'aime jouer avec le feu. De là sont nés les premiers hyalogrammes : sur un papier saturé d'eau, on laisse couler un filet de verre qui y laissera son empreinte en le brûlant superficiellement, produisant un dessin dont le caractère calligraphique s'impose au regardeur. Ce procédé est devenu progressivement outil pédagogique pour permettre à l'étudiant de sentir par lui-même la viscosité, dont la maîtrise est l'essence même du travail verrier, et de l'utiliser pour produire un objet visuel élémentaire. Il s'est petit à petit imposé comme élément à part entière de ma propre pratique artistique. Médium devenu outil, le verre impressionne le papier comme la lumière une pellicule. Il y laisse une empreinte qui est aussi blessure, scarification, mutilation, tatouage, tiens oui tatouage ! Papier, épiderme offert aux caresses comme aux brûlures. Ici, l'oeuvre garde la cicatrice, le double souvenir de la performance - du jeu de corps qui préside à sa réalisation - et celui de l'outil, déchet en devenir, condamné à disparaître sitôt qu'utilisé. Le hyalogramme est une mémoire technique matérialisée.