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Ce que j'appelle hyalogramme est le fruit d'un jeu didactique
destiné, à l'origine, à montrer aux enfants
comment se comporte le verre en fusion sous l'action de la pesanteur
: "Ça fait de drôles de dessins quand on le
laisse couler par terre ; on dirait des écritures, mais
on ne peut pas les garder parce qu'elles sont trop fragiles et
elles cassent, alors on les jette, dommage ! " disent-ils.
Il m'importait de garder une trace de ces écritures
fragiles et éphémères. Pyromane plus ou moins
avoué, comme tout le monde, j'aime jouer avec le feu. De
là sont nés les premiers hyalogrammes : sur un papier
saturé d'eau, on laisse couler un filet de verre qui y
laissera son empreinte en le brûlant superficiellement,
produisant un dessin dont le caractère calligraphique
s'impose au regardeur. Ce procédé est devenu progressivement
outil pédagogique pour permettre à l'étudiant
de sentir par lui-même la viscosité, dont
la maîtrise est l'essence même du travail verrier,
et de l'utiliser pour produire un objet visuel élémentaire.
Il s'est petit à petit imposé comme élément
à part entière de ma propre pratique artistique.
Médium devenu outil, le verre impressionne le papier comme
la lumière une pellicule. Il y laisse une empreinte qui
est aussi blessure, scarification, mutilation, tatouage, tiens
oui tatouage ! Papier, épiderme offert aux caresses comme
aux brûlures. Ici, l'oeuvre garde la cicatrice, le double
souvenir de la performance - du jeu de corps qui préside
à sa réalisation - et celui de l'outil, déchet
en devenir, condamné à disparaître sitôt
qu'utilisé. Le hyalogramme est une mémoire technique
matérialisée.
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