Jean-Pierre Umbdenstock s'avoue chercheur en
verre, l'une des seules étiquettes qu'il accepte. Les chercheurs
font parfois un peu peur. Ils ont la clé du "progrès"
en mains, mais on ne sait jamais comment et pourquoi ils cherchent.
En revanche, ils doutent, se battent, publient et partagent. En
bref, ils sont sensés nous éclairer et nous rassurer
sur nos capacités à évoluer. Chercheurs et
artistes sont si proches qu'ils pourraient partager le même
vocable: "cherchistes" ou "arteurs". Jean-Pierre
Umbdenstock a toujours été fédérateur
du verre. Tant sur le plan créatif qu'humain, Il ne distingue
jamais le matériau, la pièce, l'atelier, des passions
et interrogations qu'ils suscitent. Pour une simple raison qu'il
constate d'emblée : "on voit à travers"
CQFD: le verre, n'existe donc pas! Pour le découvrir, il
faut le dévoiler; pour le dévoiler, il faut le voiler.
Cela évoque ce que tout le monde trimballe sans trop la
connaître: son âme.
L'Atelier et la vie de Jean-Pierre Umbdenstock sont donc peuplés
d'âmes. Comme à la fin d'un jeu télévisé,
on pourrait passer le bonjour àVéronique, aux enfants
(les siens et ceux qui viennent visiter l'atelier), à Robert,
à Nanar, à sa tête de veau (un plat), aux
Poulbots qui nichent dans son restaurant, au chien fou au pelage
de vache, àtous les verriers qui passent, aux designers...
Et comme à la télé quand la liste s'allonge:
"à tous ceux qui le reconnaîtront". Mais
c'est compter sans le paradoxe du chercheur. Jean-Pierre l'avoue,
il adore se sentir seul quand tout s'agite autour de lui. Les
mains nouées sur le stylet, quand l'heure survient, il
s'absente, absorbé et invincible. Là se joue une
pièce de verre, mais également une pièce
de théâtre dont il est à la fois l'acteur
et le spectateur.
Plus tard, aussi soudainement, il émerge de cet instant
de sophrologie créative et jette un oeil furtif sur le
monde pour vérifier qu'il ne s'est pas dissous pendant
cette vacance.
Entre-temps, une pièce est née et l'on se précipite
sur cette écriture minuscule pour en saisir un sens. Un
palmier, des lettres regroupées en mots, des signes orientalistes.
Bref, un charabia méticuleusement ordonné. Bien
sûr, c'est l'écriture même qui est écrite
et tant que l'on ne saura pas pourquoi les hommes des cavernes
crachaient de l'ocre sur leurs mains pour laisser une trace, pardon,
une écriture, inutile de compliquer le débat.
À propos, les chercheurs trouvent toujours par intuition,
quand le hasard s'en mêle. L'étymologie du mot vient
du bas latin "circare", tourner autour...
Thiery de Beaumont - Avril 1999