MONOGRAPHIE - INTRODUCTION.




ENGLISH VERSION


Il arrive qu'un dialogue s'instaure spontanément entre une oeuvre et son public; souvent aussi nos sens ne perçoivent rien (de ce qui existe ?). Mais quand le regard revient, interroge, sans doute une image va-t-elle se fixer en nous; construite et ressentie selon notre sensibilité, à partir d'éléments du puzzle de la vie.
Partir à la quête de l'idée nous entraîne, pour éviter les leurres, à suivre l'homme Umbdenstock dans son nomadisme (curiosité), ses multiples occupations (préoccupations), ses positions successives (propositions). Si la sculpture est dans l'idée, notre interprétation s'en fait aussi à partir des jalons d'une trajectoire, pas seulement la nôtre.

Ce fruit de notre émotion, est-ce la création ?

Jean-Pierre Umbdenstock nous rend à plaisir complices de ses jeux quand il superpose clarté des points de vue, zones d'incertitude, plages d'obscurité; comment ne pas vouloir transposer à l'oeuvre cette réflexion de Riba sur son propre travail "Ce qui compte dans la sculpture, c'est l'idée qui la génère, pas son volume
La simple évocation d'un possible "Créer conforme" n'aurait-elle pas généré Umbdenstock?
Cette réaction nécessaire est l'une des fonctions indispensables de l'artiste.
Artistes recréateurs, pas seulement récréateurs; et surtout expérimentateurs d'un ordre jamais établi qu'ils nous donnent à rêver.


Didier Nick - Avril 1999


Un lumineux clair-obscur

Jean-Pierre Umbdenstock s'avoue chercheur en verre, l'une des seules étiquettes qu'il accepte. Les chercheurs font parfois un peu peur. Ils ont la clé du "progrès" en mains, mais on ne sait jamais comment et pourquoi ils cherchent. En revanche, ils doutent, se battent, publient et partagent. En bref, ils sont sensés nous éclairer et nous rassurer sur nos capacités à évoluer. Chercheurs et artistes sont si proches qu'ils pourraient partager le même vocable: "cherchistes" ou "arteurs". Jean-Pierre Umbdenstock a toujours été fédérateur du verre. Tant sur le plan créatif qu'humain, Il ne distingue jamais le matériau, la pièce, l'atelier, des passions et interrogations qu'ils suscitent. Pour une simple raison qu'il constate d'emblée : "on voit à travers" CQFD: le verre, n'existe donc pas! Pour le découvrir, il faut le dévoiler; pour le dévoiler, il faut le voiler. Cela évoque ce que tout le monde trimballe sans trop la connaître: son âme.
L'Atelier et la vie de Jean-Pierre Umbdenstock sont donc peuplés d'âmes. Comme à la fin d'un jeu télévisé, on pourrait passer le bonjour àVéronique, aux enfants (les siens et ceux qui viennent visiter l'atelier), à Robert, à Nanar, à sa tête de veau (un plat), aux Poulbots qui nichent dans son restaurant, au chien fou au pelage de vache, àtous les verriers qui passent, aux designers...
Et comme à la télé quand la liste s'allonge:
"à tous ceux qui le reconnaîtront". Mais c'est compter sans le paradoxe du chercheur. Jean-Pierre l'avoue, il adore se sentir seul quand tout s'agite autour de lui. Les mains nouées sur le stylet, quand l'heure survient, il s'absente, absorbé et invincible. Là se joue une pièce de verre, mais également une pièce de théâtre dont il est à la fois l'acteur et le spectateur.
Plus tard, aussi soudainement, il émerge de cet instant de sophrologie créative et jette un oeil furtif sur le monde pour vérifier qu'il ne s'est pas dissous pendant cette vacance.
Entre-temps, une pièce est née et l'on se précipite sur cette écriture minuscule pour en saisir un sens. Un palmier, des lettres regroupées en mots, des signes orientalistes. Bref, un charabia méticuleusement ordonné. Bien sûr, c'est l'écriture même qui est écrite et tant que l'on ne saura pas pourquoi les hommes des cavernes crachaient de l'ocre sur leurs mains pour laisser une trace, pardon, une écriture, inutile de compliquer le débat.
À propos, les chercheurs trouvent toujours par intuition, quand le hasard s'en mêle. L'étymologie du mot vient du bas latin "circare", tourner autour...


Thiery de Beaumont - Avril 1999


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