L'écriture mise à nu par sa non-calligraphie même
On pourrait les nommer
anti-calligraphies
(Je suis un anti-calligraphe) Ce sont des signes doubles: leur
sens premier (celui de leur forme extérieure, transparente)
est contrarié, nuancé par celui des traces d'émail
noir, appliquées en surface qui mentent plus que jamais.
Elles semblent calligraphiques mais sont exactement le contraire.
Le calligraphe trace un signe d'un seul jet, sans remords ni retouche
possibles; il sait globalement ce qu'il va inscrire sur sa page
- ce qui correspond chez moi à la phase de soufflage de
la forme porteuse; là réside le point commun - mais
en ce qui concerne les traces noires appliquées sur mes
pièces, elles sont tout sauf spontanées: elles sont
déduites.
Processus: Dans un premier temps, la forme
en verre, incolore et transparente est totalement recouverte d'émail
noir. Le support n'étant pas poreux, il est posible, à
l'aide d'un pinceau, de repousser cet émail, de le concentrer
progressivement, voire de l'effacer par endroit. Je cherche à
découvrir le signe qui se cache dans cet à-plat,
l'esprit vagabonde et s'efforce de ne pas guider la main...jusqu'à
ce que je trouve le signe enfoui. La seule décision est
celle du moment d'arréter, quand la trace déduite
de l'à-plat noir me convient. Cela correspond à
l'anecdote de l'enfant observant un sculpteur qui taille un bloc
de pierre et en fait lentement apparaître la statue d'un
cheval. Alors, l'enfant demande:<<Comment savais-tu qu'il
y avait un cheval à l'intérieur de la pierre?>>